Laos sur la montagne
  

Laos sur la montagne

Luang Prabang, Laos le 22/11/2013

 

Pour info, nous venons de poster les photos de Yuanyang en Chine (voir Honghe) 

Apres un feu d artifice chinois dans le bus nous amenant a Luang Prabang (crachats, glaires, fumee de clope...et meme baston mais malheureusement pas en kung fu), nous sortons enfin de l empire du milieu.

L effet frontiere est saisissant! Apres les grattes-ciel residentiels, les paquets de noodle autoroutiers et les densites de population a la chinoise, nous parcourons des kilometres de jungle montagneuse ponctues de quelques villages faits de cabanes en bois sur pilotis, de poulets et de cochons et de piments qui sechent sur les toits.

C est avec emotion que nous retrouvons la mere de Matthieu dans la troisieme ville du pays: 40 000 habitants...et 20 000 touristes. Il fait chaud et, entre deux Lao Beer, nous nous retrouvons a coup de rebloch, de diot d ane et de beaujolais nouveau, ce troisieme venddredi de novembre. Et oui, nous suivons de pres l actualite francaise!

Nous nous laissons bercer 3 jours par l ambiance nonchalante de cette ancienne cite royale, bien loin de l agitation des enfants chinois. On le pressent deja, le Laos est un pays ou il fait doux vivre! Ils ont d ailleurs bien compris, ces ex-indochinois, que la petanque et le pastaga etaient ce que la France avait de meilleur a leur proposer.

Nous avons ensuite passe une semaine dans le Nord, a coup de bus bringuebalant, ereintant, et d une lenteur a en faire palir un escargot; de trecks magiques dans une jungle montagneuse et embrumee, entre des plantations de the et des villages Akkha (une tribu minoritaire avec laquelle nous avons partage the vert et Lao Lao, un whisky de riz qui fait mal..hips!); et de descente de la riviere Nam Ou dans une pirogue a moteur, entre des defiles montagneux sauvages, habites d oiseaux multicolores. Bref, une belle semaine dans un coin perdu, difficile d acces, mais qui en vaut le detour!!

Apres un bref retour a Luang Prabang, nous prenons cette fois-ci, la direction du sud. Au programme: 24h de bus, une route tortueuse et magnifique et une inondation (dans la soute) du sac de Matthieu pour la 2e fois en une semaine. Grrr! Nous arrivons dans la ville de Pakse, lieu central pour organiser ses excursions, entre le Mekong a l ouest et le plateau des Bolovens a l est.

Motives, nous decidons de louer des motos pour explorer le plateau des Bolovens, Nous ne le savons pas encore, mais nous partons pour les deux jours les plus emotionnellement eprouvants de notre voyage. La journee se deroule a merveille. Nous decouvrons des cascades isolees dans une vegetation luxuriante, des plantations de cafe aux graines rouges et mures, et nous faisons offrir le the et le cafe tout justes recoltes par un franco-lao septuagenaire fort volubile mais sympa (les Achain, qui etaient pourtant en force, n ont pas reussi a en placer une.. c est dire!). Journee parfaite.

Nous decidons finalement de rentrer avant que la nuit ne tombe. Les 40 km qui nous separent de notre point d arrivee ne sont pas de tout repos car la circulation est dense et la vie sur les bas cotes debordante. A mi-chemin, c est le drame! Une vieille bourree, cachee derriere un camion, joue au diable sortant de sa boite. Ses deux premiers essais sur Matt et Caro manquent d elan et s averent infructueux. Le troisieme est le bon puisqu elle se jette litteralement sous les roues de la moto de Joelle. Suit une scene d horreur : les deux corps sont allonges par terre et ne bougent pas, des femmes hurlent et une foule sortie de nulle part se presse sur les lieux du drame. La panique fait rapidement place a un premier soulagement lorsque nous voyons Joelle se lever. Le soulagement s accentue apres sa premiere reaction : "mais quelle conne celle-la!". Malgre les hurlements de la famille de la dame, les villageois sont decontractes et souriants, et nous rassurent en nous expliquant qu elle n a "que" la jambe cassee. Heureusement que nous ne roulions pas vite! La journee se termine par un retour encore plus prudent et par un passage a l hopital pour se rassurer sur l etat de sante de Joelle et de la dame. Premiere etape.

Deuxieme etape: la gestion 'legale" de l accident. Et ce n est pas une mince affaire! Pour nous qui vivons dans une democratie et un Etat de droit, cette journee nous a paru juste irrelle! Heureusement, nous avons eu la chance de tomber sur deux personnes en or: Noy, la loueuse de moto et Yves, son mari, un Belge. Ca commence par un rendez-vous avec la police qui s etait deplacee sur les lieux la veille. Conclusion: nous ne sommes pas responsables car la dame etait ivre et n avait pas toute sa tete. Mais, comme chez nous, lorsqu un pieton est renverse par un vehicule motorise, le conducteur est en partie responsable. La police propose que nous ne payons que la moitie des frais d hopitaux de la dame. Precisons qu il n y a pas de securite sociale, pas d assurance, que la police est corrompue et que la justice l est encore plus. Dans ce genre de cas, les accords a l amiable sont preferes pour eviter la justice. 

Nous voila donc partis en tuk-tuk pour aller negocier l accord avec la communaute villageoise de la dame. Les negociations se deroulent dehors, sous un toit de tole, ou les villageois ont installe quelques chaises en plastique, dont 4 alignees devant l assemblee des hommes. Les femmes, elles, ecoutent en fumant des gros cigares dans des feuilles de bananiers, mais n interviennent pas. Des poules passent regulierement au milieu de cette reunion au sommet...Hormis le chef de village qui prend la parole a plusieurs reprises, et qui presente des signes exterieurs de richesse, les villageois sont tres pauvres, en haillons, et plusieurs d entre eux ont des malformations et des problemes de sante. Nous comprenons donc que les frais d hopitaux risquent d etre un endettement de plusieurs annees pour la famille et le village. Nous prenons place et c est parti pour deux bonnes heures de negociations. L ambiance est tendue, certains hommes jouent l agacement, d autres haussent la voix. Un traducteur en anglais, depeche par le village, nous explique l essentiel. Voyant que nous tenons a payer les frais d hopitaux, le village n hesite pas a nous demander le double de la somme. C est le jeu mais nous tenons bon. Au final, nous nous mettons d accord, le rideau tombe, et la communaute se deride carrement et nous paie le Lao-Lao. Il ne nous reste plus qu a signer le proces verbal (ecrit a la main par le secretaire du village), a donner le pot-de-vin aux flics et l affaire est reglee. Ouf!!!

Le sejour au Laos se termine par un repos bien merite sur une ile, dans un archipel au milieu du Mekong. Il fait bon vivre et les eaux du fleuve nous apaisent. 

 

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